Balkan Beat Box : un nouveau virage musical

L’album Give du groupe Balkan Beat Box est désormais sorti depuis une semaine sur le label belge Crammed. Que penser de cet album ?

Examinons avant de porter un jugement les anciennes compositions du groupe israélo-américain ; une musique chantante, révolutionnaire lorsqu’ils sortent leur premier album, où ils mènent musiques balkanique (au moyen du saxophoniste Ori Kaplan et de nombreuses collaborations) et électronique (grâce au multi instrumentiste Tamir Muskat). Leur premier album éponyme avait véritablement fait un carton, mais c’est avec le deuxième, Nu Med, qu’ils accèdent à la gloire internationale, lorsque la participation du chanteur Tomer Yosef devient permanente. Apparaissant sur une seule chanson lors du premier album, il est par la suite omniprésent, et complète ce qui devient un trio déjanté mélangeant folk balkanique avec rap hébraïque et électro mouvementée.

Mais aujourd’hui, les gimmick musicaux orientent le groupe vers une dénonciation de la politique et des chansons engagées. On avait pu observer cela en 2010, lorsque le groupe sort son Blue Eyed Black Boy ; un ensemble de compositions qui renoue progressivement avec les racines balkaniques, mais qui jette aussi les bases de leurs paroles politiquement et socialement intéressées :

Here we are like we’re going to get war again

Coming hard, come and get a gun, join the gang

With the bang bang and the same song we sang

Coming over and over again

(extraits de War again)

D’autre part, le groupe enclenchait ici sa première mutation vers un monde musical où l’électronique devient adulée, ubiquitaire, sans doute pour attirer une population plus large, surtout parce qu’à mon sens, le groupe avait trouvé, à l’instar de nombreux autres dans le même genre (le DJ S.Mos qui remixe des standards de jazz avec des classiques du Hip Hop, le groupe Caravan Palace aliant musique tzigane avec électro, etc.) LA recette idéale qui ici rassemble une musique traditionnelle de l’Europe de l’Est et déborde sur le front israélien avec la musique électronique, envahissant aujourd’hui toutes nos radios, aussi mauvaises soient-elles.

Mais ce dernier album, c’est plus qu’un virage. C’est un changement de cap, c’est l’entrée du groupe vers une musique électro de plus en plus présente et qui oublie progressivement l’origine de BBB, à savoir cette ambiance balkanique.

Si l’on peut se demander : « pourquoi changer une recette qui marche ? », peut-être cette modification est-elle due à une volonté de se renouveler. Mais bon, un album à tendance électro-pop de plus, est-ce vraiment nécessaire dans cette foule de Cds’ qui sortent toutes les semaines et qui, malheureusement, se ressemblent plus les uns que les autres ?

Pas de hit vraiment particulier ; pas de réelle diversité entre les chansons ; Part of the Glory ne fait pas la différence, si ce n’est une quelconque influence cumbia ou africaine. Mais quid de l’ambiance joyeuse que caractérise la musique balkanique, quid des collaborations d’orchestres aussi talentueux que réputés (dans leur domaine …) tel le Taraf de Haïdouks, ou le Kočani Orkestar ? Non, ces compositions doivent chercher un sens non pas dans le domaine musical, mais vers les paroles, qui elles se font de plus en plus virulentes et engagées. La chanson Political Fuck le prouve à juste titre : Balkan Beat Box a changé, et est devenu un groupe engagé.

Le problème, notamment dans un pays comme la France où les langues étrangères peinent à avoir un impact dans le domaine musical, c’est que le public se focalise sur la musique, peu sur les paroles, à partir du moment où elles ne sont pas françaises. Exemple flagrant : la polémique qui a suivi la « chanson » Sale Pute du rappeur Orelsan, alors que quelques années plus tôt, toute la jeunesse française se déhanchait lorsque André Young annonçait : « I just wanna fuck you »…

L’album de Balkan Beat Box conservera-t-il un impact aussi imposant qu’il avait eu lors de ces précédentes compositions ? Le groupe va perdre de ses fans, moi le premier. Les paroles, aussi engagées soient-elles, ne peuvent se substituer à la musique, surtout lorsque cette dernière correspond à l’origine du groupe. Tomer Yosef a progressivement pris la position de leader du groupe (qui se résume désormais à un trio, alors qu’on pouvait voir jusqu’à 15 musiciens sur scène auparavant) et mène la transe, en concert comme en studio.

Alors, nostalgie de l’ancien groupe, ou acceptation d’un nouveau virage que prend BBB ? Pour les premiers, il faudrait attendre la fin de l’album, où No Man’s Land redonne un peu de chaleur orientale à l’album. Pour les seconds, Part of the Glory remplit le contrat et donne un nouveau souffle parolier au groupe. Enemy of Economy est la seule chanson à trouver sa place dans les deux cadres.

Quoi qu’il en soit, le groupe conserve son ambiance festive et électronique, même si la géographie qui le compose s’est élargie et englobe de nouvelles cultures autant africaines qu’occidentales.

 

Zappster

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