Anti-racistes, musulmans d’apparence (ou pas) & immigrés : les feux de joie des chroniqueurs de droite

Je lisais il y a quelques jours encore l’éditorial de Monsieur Thréard qui à défaut de relever quelques questions intéressantes sur la tuerie de Toulouse, se complaisait dans l’offensive gratuite des partis et penseurs de gauche, s’attaquant jusqu’à la moelle anti-raciste et humaniste, les associations qui peuplent le paysage égalitaire de notre République. Intitulé «aux donneurs de leçon», l’édito du Figaro continuait, assez malicieusement, son travail de sape fidèlement repris par Eric Zemmour sur RTL.

Une journaliste du Daily Beast (un pure player américain) relevait, peut-être avec justesse, cette facilité avec laquelle la France savait mettre les mots sur les choses. Antisémite était apparu bien vite dans les bouches des politiques et dans les lignes de nos quotidiens de presse, là où la consensualité sociale américaine interdisait tout débordement des mots. L’Apaic, les minorités majoritaires et les nombreux lobby interdisant tout débordement rhétorique.

Soit, la société française vue de Washington ressemblerait à quelque chose d’à peu près cohérent et suscite la jalousie dans le silence des non-dits. Qu’on se rassure, la dignité politique tant dénoncée aux Bayrou et Mélenchon peu après le « 11 septembre français » ne mit pas longtemps avant de se répandre à toute la sphère politique et médiatique. Marine Le Pen, comme une petite vierge qu’un méchant sexe républicain aura dépuceler, laissait bien vite s’émietter le masque de la victime des attaques néo-nazies pour une offensive d’envergure raciale et religieuse contre ces terroristes qui se cachent dans les bateaux d’immigrés échoués le long de la Méditerranée.

Et à celui qui invoquait le deuil national jusque dans les classes de CE2, Nicolas Sarkozy, de montrer les dents sur France Info ce lundi matin en parlant de nos «musulmans d’apparence». Il parlait d’une des victimes de Merah, militaire d’origine kabyle et catholique pratiquant.

S’il est vrai qu’il n’y a plus à mâcher ses mots, à défaut de voir du racisme partout, cette frange là de la population aura le mérite de tendre vers une «trop grande» passion pour la liberté, l’égalité et la solidarité là où ceux qui apprennent leurs cours à ces «donneurs de leçons» renient leurs propres enseignements lorsque le fait divers s’ancre dans une certaine historicité.

Bref, le deuil est fait. La droite française retrouve ses fondamentaux : stigmatiser et manipuler. Entre quelques renforcements policiers, la loi sur la surveillance des djihadistes numériques pénètre déjà les allées de l’Assemblée. Avec elle, le Président de la République dépasse le clivage de l’évènement et profite du virage islamophobe pour attaquer les libertés numériques d’une part (cf. Reflets) ; pour perpétuer le travail de sape communautaire qui agite les groupes sociaux et religieux français. Ces mêmes oppositions qui sont au coeur des conflits sociaux nationaux, sinon terroristes.

A Eric Zemmour de rappeler le serrage de main du chef de fil de l’UMP et de la candidate frontiste (lien) et de l’absence de M. Mélenchon. La politisation de l’union nationale tant attendue par Eric Delbecque (chef du département sécurité économique de l’Institut National de la Sécurité et de la Justice) dans une tribune du Figaro du 23 mars se fera, aux côtés de Naulleau et au nez et à la barbe de deux représentants des communautés juives et musulmanes et presque honteuse lorsque le discours annoncé et revendiqué (par Zemmour lui-même) est à la communion de tout le pays et de toutes ses composantes.

«L’épisode Merah» soulevait le problème du terrorisme. Le voilà devenu le plus symbolique représentant des défis que sont l’immigration, l’insécurité et l’intégration. La réunion de ces trois termes promet déjà un malaise profond. Il remet surtout au centre du débat politique la question du Moyen-Orient, jusque là restées étrangement silencieuse, comme l’indique un article de Liberté. Et au quotidien algérien de rappeler qu’à défaut de ne pas voir le Maghreb et le Moyen-Orient, pourtant bien ancrés dans l’actualité occidentale, s’installer dans le débat de la campagne, c’est bien le triste bilan de la place de la France dans les grands ébats diplomatiques qui inquiète le monde arabe.

Stylzzed

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