Osons le « ta gueule »

Le monde serait certainement meilleur si l’homme oubliait l’espace d’un instant le consensuel du politiquement correct et qu’il s’entartrait, enfin, d’un bon coup de tongue rhétorique. Ta gueule. Le sophisme moderne. L’éloquence du XXIe siècle qu’on utilise tous mais qu’on n’assume pas. Ta gueule. L’immonde prière du bref, la politesse incarnée de ce qui est en trop. Ta gueule. L’hommage au sobre, au concis, au sérieux. Ta gueule, enfin. Le refus du con, le refus du chiant, le refus du surplus. Le vulgaire simple et efficace, l’injure gracieuse. Non, franchement, ta gueule.

A toi qui en dit trop.

A toi qui parle tout le temps.

A toi qui pollue les conversations.

A toi qui veut toujours en placer une.

A toi qui étale ta vie for nos murs Facebook.

A toi qui raconte la météo.

A toi, langue de bois.

A toi, politique déconnecté du monde réel.

A toi, le grand patron.

A toi, Jean-Pierre Pernaut.

A toi, Marc-Olivier Fogiel.

A toi, journaliste véreux.

A toi, philosophe envoyé en Libye.

A toi, philosophe qu’on n’enverra pas en Libye.

A toi, le Likoud.

A toi, le chien qui beugle en bas de chez nous.

A vous, les deux colocataires de l’étage d’en dessous, branchées sur Secret Story et Plus Belle la Vie.

A toi, le dichotomiste.

A toi, le rabat joie.

A vous, les couples qui se tiennent la main dans la rue.

A toi, les Victoires de la Musique.

A toi, l’Assemblé Nationale.

A toi, le rhétoriqueur.

A toi, le syncrétique.

A toi, le réactionnaire.

A toi, le mal baisé dont la vie tourne autour du sexe.

A toi, le pédant.

A toi l’intellectuel pédant.

A toi, le grand engagé politique pour de petites convictions.

A toi, le prophète de la vie quotidienne.

A toi, celui qui a tout vu.

A toi, qui a tout connu.

A toi, qui s’est fait quarante deux « meufs » dans dix sept départements différents (toi qui est pourtant seul, aujourd’hui).

A toi, Nadine (Morano). A toi, Claude (Guéant). A toi, Eric (Zemmour).

A toi, qui rédige ce papier.

A toi, petit amateur de merde qui tente des choses dans la vie.

A toi, ta gueule.

Le « ta gueule » maîtrisé, c’est le retour du privé dans le privé, la fin de l’exploitation du partage débile et irréfléchi, la censure possible de ce que le public a de pire à apporter. Abandonnez-vous au « ta gueule », laissez vous tenter, ne le craignez plus.

Imaginez la scène. Plateau de France 2, un grand mercredi soir. Papa et maman sont devant l’écran. Vous deviez aller au lit, du haut de vos seize années, mais obnubilé par l’élan politique à venir, vous n’êtes plus qu’une petite chose inutile assis sur le canapé qu’ils ont payé, voilà dix belles années. Vous êtes misérablement remplacé par un débat sur le Halal ou sur les minarets, vous, petite merde adolescente dont les crises animent leur petite vie bourgeoise. David prend la parole, le talk commence. Nicolas fait monter la tension.  L’homme (ou la femme, le « ta gueule » n’est ni misogyne, ni sexiste, ni machiste) ne répond pas. Langue de bois, langue de bois, langue de bois. David n’intervient pas. Et là, vlan. Au milieu du débat, son opposant lui cale un « Bon, Nico, t’as causé assez longtemps, maintenant, ta gueule ». PAF. Vous, petite boule boutonneuse dont l’éducation vous a imposé de ne jamais oser l’injure mais que l’Education, toujours, vous autorise à l’exprimer dans son lieu le plus saint (l’école, pour les lents), vous voilà véritablement passionné. Vos parents vous ont oublié, ils réagiront bientôt, ne vous inquiétez pas. Mais vous voilà irrémédiablement lancé dans la politique, attiré par cet homme ou cette femme qui parle votre langue, vous comprend. Le temps que vos bourgeois esquissent quelques gloussements mécontents, vous aurez twitter cet évènement révolutionnaire.

Si tu te reconnais dans ce petit coup de gueule qui me tient à coeur et qui me concerne tout autant, trouve le moyen d’exister autrement que dans le surplus de ce que tu es vraiment. Regarde toi dans un miroir, demain matin, et demande toi : qui suis-je vraiment ? Et lorsque tu te seras posé cette question, reviens me voir et parle moi de tes difficultés à te comprendre, de tes incompréhensions sur la vie, la mort, la société, exprime et exploite tes passions, tes craintes ou ferme-la, aussi simplement. Et n’oublie jamais que ce qui ne te tue pas te rend plus fort.

Fermer sa gueule n’a, jusqu’à preuve du contraire, jamais tuer personne.

 

Stylzzed

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