‘Dam, ses pûtes, sa drogue, son âme

Une envie de s’évader, de se casser, de fuir le monotone de la vie poitevine, française. Découvrir, redécouvrir, s’immerger, s’abandonner à quelqu’un, quelque chose d’autre. Simplement poser sa voiture au bord d’un trottoir et observer le monde tourner. Même planète, ronde différente. Les rues sont moins larges, les buildings presque inexistants. Au milieu de la route, quelques péniches flottent sur un canal, calme, entouré par quelques pistes cyclables qui cernent de petites habitations, fines et hautes. Les pierres y sont rouges, parfois un peu sombres, les maisons s’enchaînent, les unes collées aux autres, leur toit pointe haut dans un ciel encore brumeux, attendant le printemps. Derrière les grandes fenêtres sans volets, d’immenses murs blancs entourent une ambiance moderniste, sobre, particulièrement bien articulée. On nous explique que là-bas, on ne regarde pas chez les gens. Mais comme un con, on se sent tout de même obliger de violer cette intimité, passionnés et indiscrets. En bon Français.

La Hollande n’a ni plus, ni moins à apporter qu’une autre culture. Simplement différente, elle pose ses marques, ses propres indices à découvrir au gré des ruelles sinueuses qui s’enchevêtrent et quadrillent le centre ville d’Amsterdam. L’odeur du cannabis arrive très vite. Littéralement. Si les Coffee Shop sont les premiers lieux touristiques à visiter, la fumée monte rapidement au nez. On se laisse tenter. Ici presque tout est légal : la drogue, les pûtes, la joie de vivre, la chaleur étrange de la rationalité. Les seuls représentants de l’ordre sont à vélo ou à cheval et ils voguent ça et là, sur les petits ponts et les allées qui parsèment la capitale. On s’imagine un cycliste en cavale, courser par deux gendarmes en VTT. Grotesque et rassurant à la fois.

Le feu crépite, le joint s’allume, on dit bonjour, ils répondent d’un signe de la tête et passent leur chemin. Et finalement, le sentiment de liberté s’échappe peu à peu, remplacer par cette étrange impression de sécurité. La police n’est plus omniprésente. Et lorsqu’enfin elle est à peine visible, elle ne jauge et ne juge pas. Elle vadrouille, tranquillement. L’espace de quelques jours, on se sent autre chose qu’un bétail à surveiller, un probable potentiel futur criminel. Rien à voir avec la drogue, rien à voir avec les pûtes qui se dévergondent derrière les vitrines du quartier rouge. Ici la vie est tranquille, simplement. Ce n’est pas une question de loi, ce n’est pas un choix politique, c’est une manière de vivre, un mode de société. A une heure de la frontière.

Paradoxe étrange et formidable à la fois : sympathique petit pays au carrefour de l’Europe, pas plus grande que le Poitou-Charentes. Les autoroutes grondent de véhicules, les échangeurs s’élèvent dans les airs et creusent la terre. Les villes s’enchaînent, la campagne fait nature morte, un peu morne mais reposante. Au delà du vacarme économique qui ne s’essouffle jamais, le calme doux s’installe dans les centre-villes. A Leiden comme à Amsterdam, les voitures laissent leur place aux deux roues, les sonnettes remplacent les klaxons, la tension furieuse qui anime les piétons se transforme en une unique corps organique qui imprègne l’urbain. Le soleil s’éteint, les lampadaires s’allument, la ville, silencieuse, ne vit qu’au rythme de ses habitants et non des taxis.

Les coffee se remplissent dès l’après-midi. Les gens semblent presque heureux, ils ne courent pas, ils ne se bousculent pas. Et même si, oui, la gastronomie hollandaise ne sera probablement jamais un atout touristique, tout le monde s’en fout. Le cannabis tourne, le quartier rouge s’anime, les coach de rue usent les pavés afin d’éviter les excès. Pas de rondes, pas de matraques, pas d’oppression. De multiples nationalités s’entassent, l’anglais est le maître, la fête aussi. Rien n’est pressant, rien n’est embêtant. Tout est tranquille. Et le lendemain, la ville est toujours là, avec ses musées, ses jardins, ses canaux.

On en oublierait la montée des extrêmes, la crise des institutions européennes et l’anorexie économique qui touche la grande banane bleue, de Londres à Milan, les Pays-Bas au milieu. On laisserait ce matériel pour un modèle humain différent, intéressant. Attirant. Ils ont leur triple A. Mais ils n’ont pas que ça. Si le port d’un autre temps que Jacques Brel décrivait a disparu, les marins se frottent toujours la panse. Et ils tournent et ils dansent, et ils tournent et ils dansent, et ils tournent et ils dansent …

Stylzzed

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