Dans ta gueule 2.0

Feuilletant, amer, les CFJ-IPJ-CLUEJ-IFP-CELSA & Co’, le journalisme trouve son essence dans les milliers d’euros de frais de dossiers, dans la sélection au bétail de l’étudiant prototype dans le faux-semblant du talent. L’espace de quelques heures derrière une table, un stylo et une feuille blanche à remplir. On écrirait des poèmes pour combler ces lignes livides et se faire rejeter, la queue entre les jambes.

Casher cinq smic par an pour apprendre, payer ses interviews en carnets d’adresses, concevoir dans le réseau. Toile d’araignée insaisissable, les dizaines de lettres qui alimentent ces sigles incompréhensibles sont autant d’écoles et d’universités qui proposent à tout un chacun de devenir ce que le quatrième pouvoir à de mieux à proposer : un salaire à faire vomir les soixante huitards de Libé’ pour les plus chanceux, le fanfaron boueux d’une presse épuisée, un exploité. Pour la grande majorité, ce sera l’esclavage de la condition. Pour les autres, ils se contenteront de l’esclavage des idées. En porte-à-faux entre l’intime conviction de concevoir le talent dans la prose et dans l’idée et la nécessité de s’intégrer, l’appât du gain, l’appât de la reconnaissance et du travail prototype un peu stéréotypé, la Gueule de Bois a morflé.

Nuit blanche dans la gueule et deux semaines d’arrêt. Site abandonné, contacts lâchés, projets amarrés, il faut un bref sursaut médiatique pour relancer l’envie, pour effacer les conneries, penser à notre gueule, d’abord. Nouvelle tête, nouveaux projets, nouvelles idées, nouvelle conviction : s’imposer, tel qu’on est. Tant pis pour le consensus universitaire, tant pis pour l’information qu’on oubliera, tant pis pour les tacles, les baffes, les sales mots, les joies gratuites, les lignes pédantes, les rires moqueurs, les coups de gueule désabusés, tant pis pour la sobriété un peu Presse Quotidienne Régionale qu’on attend de nous au quotidien, quitte à décevoir, quitte à modifier, à rectifier, à corriger le tir. Tir il y aura. On préfère peut-être les mots à l’info, l’informel des maux, exprimer puis partager plutôt qu’exposer pour relater. On a connu des hauts et des bats, trop peu de débats, trop d’ardeur dans les ébats mais on a tout donné.

« J’ai changé. » Pas nous. Continuons de merder.

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