François Barouin : « la cagoule, c’est aussi la force obscure »

« C’est une révolution absolue. C’est, pour moi, la définition du Rap et de l’écriture. » Soit, on ne fera aucun buzz là-dessus. Cette vidéo date. Et elle restera probablement cachée derrière des dizaines de milliers d’autres, dans le coin d’une page Youtube. Et pourtant. Découvrant, d’abord surpris, puis choqué, les propos de François Barouin, aujourd’hui ministre du Budget, je ne pouvais m’empêcher de me dire à quel point notre société valdingait, partait dans tous les sens. Une définition du Rap et de l’écriture, une nouvelle fois, je dirais soit. Soit pour ce respect immense porté à Akhenaton et aux siens, aux succès immenses qu’ils ont transportés, à Marseille, en France, dans cette planète rap qu’un groupe d’artistes méconnus décrivent aujourd’hui comme étant « en crise », à cette poésie lyrique et engagée. De ma petite personne, simple spectateur d’un bon texte sur un bon son, appréciant le bon, le très bon et parfois le simplement passable, je ne pouvais m’empêcher de relier IAM à cette époque des années 1990-95 où je trouvais alors quelques grandes références appréciables et appréciés.

Sachez néanmoins Monsieur Barouin que vos propos sont nauséabonds. Habilement ficelés, certes, si bien qu’on en aurait envie de jeter un autre regard sur votre petite personne qui, aujourd’hui, gère « notre » budget – celui qui s’effondre, lentement mais sûrement. J’ai très simplement envie d’expliquer, à vous comme à ceux qui se laisseraient endormir par un tel élan populaire que non, par ce moyen, vous ne faites l’éloge ni du Rap français, ni des personnes qui l’ont animé, ni de cette société en marge qu’est la banlieue. Parce que le rap vient bien de cette banlieue, celle dont aujourd’hi personne ne parle, étrangement absente du débat présidentiel, celle que vous, vos députés, votre gouvernement et votre président avez séchement ignorée, stigmatisée, radicalisée puis tout aussi violemment méprisée pour finalement la détruire par la force des moyens. Puis par la force de l’ignorance, du mutisme et de l’oubli.

 

 

« Ils disent des choses. » Voilà bien le fond du problème. Ils disent des choses. Sorti en 1997, l’Ecole du Micro d’Argent a probablement marqué un tournant dans la carrière du groupe marseillais. Une année en plein milieu d’une coalition politique, une année de gouvernance du RPR, d’un Chirac en apothéose, d’une politique tout aussi infame que celle d’aujourd’hui. Peut-être moins visible, moins médiatisé, ou moins violente et probablement floutée par l’inattendu succès des Blacks Blancs Beurres, un an plus tard. Les années 1990 représentent, à mon sens, cette apparition d’une conscience de la jeunesse des banlieues, celle des fils et filles d’immigrés, installés en France depuis une, deux, trois, six générations et qui sont Français comme je le suis. Des racines, un témoignage de l’Histoire en plus.

Si le rap français y a vécu ses belles heures, n’est-ce pas parce qu’il avait alors un message à porter ? Celui, à la fois d’un constat sombre mais d’un espoir, d’une volonté, d’une motivation, inexplicable à la vue de leur situation mais pourtant palpable. « Ils disent des choses. » Ils parlent d’eux-mêmes, Monsieur Barouin, ils parlent de leur misère, de leur amertume et de leur passion. Ils trouvent les ressources là où ils manquent de moyens. Et ils critiquent. Ils critiquent déjà une société qui ne veut pas d’eux, une politique qui déjà les met de côté, les violente. Une politique menée par vos ancêtres. Vous le dites vous-même : « comprendre le rap, c’est aussi comprendre son temps. » Je ne vous aurais jamais autant donné raison. Un temps odieux qui a vu la haine d’une population se confondre dans une prose divine. En 2005, le rap perdait sa flamme. En 2005, la banlieue brûlait pourtant toujours. Autrement.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s