Chômage et immigration : problème du plombier polonais ?

On aimerait parler aujourd’hui de ce qui semble être pour nombre de nos politiciens un véritable problème pour la France : l’immigration. Plus précisément le fait que l’arrivée très importante d’immigrés clandestins ou non, nuit à l’emploi et fait grimper le chômage des autochtones. Comme précisé dans mon papier précédent l’immigration en soit n’est un réel problème que pour le gouvernement. Ce sujet n’aurait donc pas vraiment d’intérêt à être traité seul.

Mais aujourd’hui on va essayer de lever un cliché plutôt répandu dans notre société. Même si l’immigration n’est pas un problème, beaucoup pensent que les immigrés prennent les emplois des Français et que si le chômage est aussi fort aujourd’hui c’est en partie à cause de cela. Et sur ce sujet, l’avis des économistes est bien différent de celui de l’opinion générale. Alors là, c’est le petit passage théorique parce qu’en temps que pseudo économiste il faut bien étaler sa science. Mais dites-vous surtout qu’un petit tour sur la théorie permet de comprendre les arguments de certains et surtout leurs faiblesses.

Alors il a deux périodes à étudier : le court terme et le long terme. Laissez vous portez. Vous allez voir, rien de compliqué. La première étude théorique portée sur le court terme a été menée par Harris et Todaro en 1970. Dans une économie duale (cette société ne possède que deux secteurs d’activités) où il existe un salaire minimum contraignant, le chômage résulte de la confrontation entre offre et demande de travail. L’immigration accroît l’offre (j’offre mon travail, et l’employeur demande du travail) mais n’agit pas sur la demande. Mécaniquement le chômage augmente. C’est un étude théorique basée sur un modèle économique simple.

La deuxième étude suppose également que les prix, les salaires et le capital productif sont rigides donc ne peuvent changer à court terme. Dans le cadre de ces modèles d’inspiration néo-keynésienne (Keynes , le « New Deal, les cours d’histoire en terminal, eh bien ça vient un peu de lui), l’immigration induit instantanément augmentation du nombre de travailleurs sans affecter le niveau d’emploi, puisque les prix et les salaires sont fixés. L’afflux de travailleurs se traduit donc par une augmentation du chômage, puisqu’un même nombre d’emplois doit être réparti entre un plus grand nombre de travailleurs. Seulement cette augmentation n’est que transitoire. Par le jeux des revendications salariales, la baisse des prix et donc une hausse de la demande de travail les effets sur le chômage sont supprimés. Avec ce modèle on a pu calculer que si l’immigration augmente la population française de 1%, le taux de croissance de la population active (la population en situation de travailler) augmenterait de 0,625 point le taux de chômage à court terme mais que cet effet serait très vite supprimé.

Maintenant les mécanismes de long terme. Promis, c’est bien plus concret et ce sera plus rapide. On ne va pas étudier les mécanismes économiques en détail mais juste vous expliquer les conclusions. L’immigration d’un certain type de travailleurs augmente le nombre d’actifs dans cette catégorie mais n’aurait aucun effet sur le taux de chômage de long terme de cette catégorie. Pour exemple, l’immigration des travailleurs non qualifiés augmente le nombre de travailleurs peu qualifiés mais cette augmentation n’a à terme aucun effet sur le taux de chômage de cette même catégorie. Les enseignements des travaux théoriques incitent à penser que l’immigration aurait un effet négligeable sur les taux de chômage catégoriel de long terme, mais pourrait toutefois l’augmenter de façon transitoire d’autant plus qu’il est dur de trouver un emploi correspondant à sa qualification.

Bon alors, je résume rapidement. En théorie, une augmentation de l’offre de travail (de l’immigration par exemple) augmente le taux de chômage . Seulement cet effet ne semble qu’être transitoire, voir tout à fait négligeable. On passe aux résultats empiriques. Parce que c’est bien beau de dire tout ça mais est-ce que c’est la réalité ?

David Card, un économiste de Berkeley, a évalué la conséquence de « l’exode de Mariel ». En 1980, Fidel Castro proclame l’ouverture du port de Mariel, tout Américano-cubain le désirant pouvant quitter Cuba. A la suite de ça, 125 000 Cubains quittent le pays et la moitié s’installe à Miami entre avril et septembre 1980. Card va comparer l’évolution des salaires à Miami entre 1979 et 1985 à la situation d’autres villes ayant des caractéristiques proches, telles que Los Angeles, Huston, Atlanta et Tampa-Saint-Pertersbourg. En effet ces villes présentent les mêmes caractéristiques en terme de population et de marché du travail. Au final, il a montré que cette augmentation de 7% de la population à Miami n’a eu aucun effet particulier, l’évolution en terme de taux de chômage et de salaire étant la même que dans les autres villes étudiés.

Dans un papier sur son Blog, l’économiste Olivier Bouba-Olga, professeur à l’université de Poitiers explique aussi ceci :

  • La Californie compte, fin 2004, 8,5 millions de migrants. Si l’on considérait la Californie comme un pays, ce serait le deuxième pays au monde concentrant le plus de migrants, après la Russie;
  • Cet Etat américain emploie 30% de l’ensemble des travailleurs américains nés à l’étranger;
  • C’est l’Etat qui a la part de travailleurs immigrés la plus grande;
  • Deux tiers des travailleurs peu qualifiés de Californie sont des travailleurs nés à l’étranger (la proximité du Mexique attire un très grand nombre de travailleurs mexicains peu qualifiés).
  • « Les immigrés permettent de répondre aux besoins importants en main d’œuvre peu qualifiée. Ces besoins en appellent d’autres, qui concernent des tâches interactives (de communication et de coordination), qui sont essentiellement assurées par des natifs, y compris des natifs peu qualifiés. Si bien que non seulement l’immigration n’a pas pesé sur le chômage des natifs, mais en plus, elle a permis un accroissement de leurs salaires d’environ 4% par an sur les quatorze dernières années… » explique-t-il.

    Résumons : empiriquement, il est clair que l’immigration n’a pas d’effet à long terme sur le chômage. Il peut y avoir une période transitoire de hausse du chômage qui se résorbera rapidement. Désoler pour certains mais il n’y a pas de problème de plombier polonais ou de maçon portugais. Une hausse du chômage ne peut en aucun cas être justifiée par une immigration plus forte. Ce qu’il faut savoir c’est qu’il y a beaucoup de clichés dans notre société. On parle d’économie bien sûr. En espérant que ça vous a fait réfléchir.

    Les discours démagogiques de nombreux politiciens polluent les débats. Si seulement les observations empiriques étaient utilisées pour discréditer toutes ces belles paroles (notamment celles de Claude, Marine la divine et autres Tontons Brice). Alors quand on traite des sujets si importants, qui touchent toute la société, qui touchent l’intégration de toute une population, le bien-être de tout un peuple, on ne raconte pas n’importe quoi. C’est tout bonnement honteux de tenir des discours qui rejettent toutes les fautes, toutes nos fautes sur le dos d’une population immigrée. Simplement pour finir, demandez vous si les sujets traités par ces moutons de Panurge que sont les médias, les politiques, plus soucieux de leur audience ou de faire la une des tabloïds que de chercher à se poser les vraies questions, sont les véritables enjeux, les véritables problèmes que nous devons chercher à résoudre.

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    DreaMer

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