Ca s’est passé sur votre m@il étudiant

On en reçoit tous les jours. Des dizaines, des dizaines et des dizaines encore. Des masters en sociologie qui harranguent activement un public à portée de main pour quelques QCM web, aux L1 d’Histoire de l’art qui recherchent indéfiniment la salle de cours dans laquelle ils étaient il y a pas moins de 168 heures, en passant par l’habituelle requête des cours manqués à rattraper, le boite ENT de l’Université de Poitiers est surchargée de mails boiteux, indésirables, parfois amusants, souvent lourds. Tout en évitant de conclure que les sociologues sont devenus des fainéants qui n’ont ni argent ni motivation pour imprimer et tracter leurs questionnaires eux-mêmes devant les bâtiments de la fac et en se rappelant que, oui, oublier le numéro de sa salle de cours nous est bien commun à presque tous, on peut tout de même râler. Un bon coup.

Comme un média parallèle, un réseau social anonyme, invisible, facile, gratuit, il suffit d’ouvrir sa fenêtre et de demander à l’inconnu invisible de l’univers poitevin d’apporter son lot de réponses (ou pas). Du Facebook encore plus décadent puisque là, pas besoin de mail pour s’inscrire : l’administration fait ça pour vous au début de l’année. Et pourtant, ceux pour qui la visite de sa boite mail ENT n’est pas (encore) une habitude, comprendront très vite qu’il n’est pas possible de s’en passer. En effet, à un moment ou à un autre de sa démarche universitaire, l’étudiant sera confronté à ce manque à gagner de communication. Il apprendra, souvent à ses dépents, que l’ENT (Espace Numérique de Travail) est un passage incontournable pour tous les étudiants et il en maîtrisera les rouages qu’il le veuille ou non. A lui d’en devenir un simple passager quotidien ou un éternel maniaque du bureau virtuel et du facing universitaire.

Bref. Si vous faites partie de ces personnes qui côtoient régulièrement cette magnifique plateforme virtuelle, vous aurez peut-être eu la chance de tomber, ce dimanche 20 janvier, sur un mail étrangement différent. Nous cacherons aux quelques rares personnes n’ayant pas connu ce bonheur là, le nom de l’auteur d’une telle perle numérique qui ne mérite d’ailleurs peut-être pas qu’on en fasse tout un foin (ou en tout cas tout un article, mais tant pis). L’intitulé « Envoyé par » aura de toute manière fait son oeuvre.

  • voudrai savoir comment se nomme un jeune homme en fac de lettre tjrs avec un bonnet et un percing a la levre si quelqu’un peu m’aider
  • J’écarquillais les yeux et doutais, l’espace d’un instant. Non, je n’étais définitivement pas en fac de lettre, non je n’ai pas porté de bonnet depuis ma Première et non, je n’ai aucun percing, ni à la lèvre, ni ailleurs. Dubitatif devant l’altercation de la – jeune ? – femme, je me demandais alors comment elle pouvait s’être trompé d’interlocuteur à ce point. Découvrant la liste longue de destinataires, évidemment, je me faisais une raison. A.C. ne m’a jamais vu de sa vie, n’a aucun lien avec moi et risque (de par cet acte inconsidéré) de n’en avoir jamais aucun.

    Le message prête alors à sourire. Evidemment, on essaye d’imaginer ce qui aurait pu amener cette étudiante à en venir aux mains virtuelles : coup de foudre fusionnel, timidité hypocrite (son mail a évidemment dévoilé l’entièreté de son nom), blague idiote d’un ami ou bêtise pure et dure ? Peu importe. Les réponses fusent (évidemment), certains se moquent (évidemment), d’autres se retrouvent dans cette description si bien rédigée (évidemment), mais (évidemment) ils sont plusieurs. Et puis, il y a ceux qui, en queue de peloton, demandent poliment à ce que cette mascarade s’arrête et qu’un minimum de vie privée soit respectée.

    Ce bref débalage rhétorique pour te dire, A.C., ne désirant ni te faire une leçon de morale, ni juger ton acte (moi, petit journaliste prétentieux n’ayant rien d’autre à faire que de narrer ta petite histoire et célibataire avéré et jaloux de ton esprit d’initiative certain et de ta naïveté indubitable et si rafraichissante), je tenais tout de même à t’indiquer que : la prochaine fois que ton coeur sombrera dans les méandres duveteux de l’amour, au détour d’un exposé en russe ou d’une dissertation sur la société portugaise, je t’en prie. Prends ton courage à deux mains et va le lui demander en personne.

    Son prénom.

    Stylzzed

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