Que le fasciste s’exprime !

On reconnait à Marine Le Pen son attitude antipathique vis à vis des médias. Ou plutôt, vis à vis du désintérêt des médias pour ses idées. Pourtant les sondages l’indiquent clairement. Les Français aussi (en 2002) : les idées du clan Le Pen ont le mérite d’être écoutées et de toucher. Pourquoi la République Française, régime décrit comme profondément démocratique, laisse-t-elle si peu de place aux extrêmes et aux idéologies dominées ? A-t-elle raison de s’en passer ?

Pourquoi la démocratie est-elle toujours peu encline à laisser s’exprimer les idées qui iraient à son encontre ? La réponse parait toute simple : ce qui n’est pas démocratique est nuisible, déstabilisant et effrayant. L’absolutisme, l’impérialisme, le nazisme, le fascisme, l’ultra-nationalisme, l’anarchisme, le souverainisme, autant d’-isme qui font clairement peur à la population comme à l’Etat. Autant de courants qui ont montré, dans l’histoire, leurs atrocités et leurs limites. Autant de courants qui font peur et nos démocraties s’en échappent, prennent un recul dangereux. « Nous ne sommes pas comme eux », semblent nous expliquer nos politiques dans leurs longs discours larmoyants. Plus vicieux, les médias sélectionnent dans notre dos ce qui fera l’objet de notre occupation du vingt heure. A l’aube d’un tout-numérique ascendant, d’une information définie comme débridée, à portée de tout le monde, le média transmet, mais ne transmet pas tout. La négation de l’histoire (encore en vigueur aujourd’hui, cf le génocide arménien tout récemment) met un voile noire muet et silencieux sur ce qui est mal et ce qui ne l’est pas. La laïcité retire le sacre de Clovis des collèges, baptême oblige. Le Front National devient un problème national, au même titre que les partis islamistes, terrifiants. La démocratie se bat, chaque minute de chaque jour, contre ce qui pourrait la déstabiliser. Contre ce qui l’effraie. Mais ceux qui la soutiennent ont-ils vraiment conscience du substrat dont ils sont les fervents défenseurs ?

La démocratie est-elle un système ? N’est-elle pas plutôt l’aboutissement d’un cheminement, l’apogée d’une communion sociale et politique ? Oui, dans l’idée. Nos voix s’expriment régulièrement, nos pieds battent souvent le pavé, mais c’est pour plus de démocratie, non pour nous l’enlever. La démocratie n’est-elle pas, finalement, au-dessus des régimes, des schémas politiques et des systèmes hiérarchiques ? Si l’expérience « IIIe République » ne fut pas un succès, n’avons-nous pas avancé depuis ? Nos voisins ne profitent-ils pas des valeurs dont nous sommes, apparemment, les créateurs ? N’avons-nous pas les armes pour nous défendre, nous citoyens ? La première étant notre voix, notre conscience. En relayant au second rang ceux qui nous font peur, en sélectionnant l’information, en diabolisant l’extrême droite comme l’Islam, notre république fait-elle vraiment oeuvre de démocratie ? N’est-ce pas la première pierre d’une censure cachée, discrète ? Si. Alors laissons parler le fascisme. Qu’il s’exprime et qu’il nous explique devant un micro ou caméra de télévision sa vision de la société.

Politiques comme médias, ne sont-ils pas tous causes, acteurs et conséquences ? Si, probablement. Daniel Gaxie écrivait avec beaucoup de justesse une oeuvre intitulée « Le cens caché ». La censure ne l’est-elle pas elle-meme : volontaire mais discrète, elle devient si ténue qu’elle s’exprime aujourd’hui inconsciemment. D’autant que l’interdit attire : tout diktät connait sa résistance. Préférer Jean-François Copé à Marine Le Pen sur un plateau télé, c’est imposer une parole unique, c’est effacer le débat et c’est donner cette formidable obligation au premier de relater des idées du second. Depuis quand la droite française doit-elle conquérir un électorat ultra-nationalisme, xénophone, anti-européen ? Ne peut-elle plus se contenter de son public habituel, celui qui a élu De Gaulle, Pompidou, Giscard, et Chirac ?

Elle est nôtre, elle appartient à ses citoyens. Lorsqu’un groupe tente de les protéger de ses propres vices, il ne fait pas oeuvre de démocratie parce qu’il prend acte, consciemment, de mesures anti-démocratiques. Parce qu’il considère le substrat de notre pats comme incompétent et incapable (ou pas assez compétent et pas assez capable). Si la droite est en mal d’électeurs, qu’elle laisse la violence et la haine du Front National s’exprimer afin que la République s’en détourne d’elle-même. Et si, dans le pire des cas, la République était trompée par des idées manipulées et perverses et qu’elle voyait à sa tête un dictateur arriver (n’est-ce d’ailleurs pas déjà le cas ?), que nos hommes et femmes politiques ne s’affolent pas. Nous serons là pour la défendre. L’irrespect, au même titre que le respect, a le droit à son temps de parole, qui serions-nous pour empêcher cela. Alors laissez s’exprimer le fascite qu’on ait de bonnes raisons de voter pour vous.

Stylzzed

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