Printemps : entretien (presque) imaginaire avec M. Borletti

Sorti de terre en 1965, le Printemps de Poitiers fermera ses portes le 28 janvier 2012. Décision de la direction du groupe Borletti. Filmés par une caméra de la Nouvelle République mercredi matin, premier jour de liquidation pour le magasin poitevin, de nombreux manifestants sont venus soutenir les employés de cette institution de la Place d’Arme, silencieusement ordonnés devant les portes afin d’en bloquer l’entrée. Maurizio Borletti, président du Groupe (détenant l’enseigne depuis 2006) revient sur ce coup stratégique.

La fermeture de ce magasin était-elle réellement nécessaire ?
Ecoutez, je ne vais pas vous cacher la vérité : le Printemps de Poitiers ne rapporte plus. Si dans les années 70, il a subi un certain succès, il s’avère qu’il n’est aujourd’hui plus adapté ni à la ville, ni à la population de Poitiers.

L’enseigne est pourtant dans le vert, même après la crise …
Effectivement. C’est bien pour cette raison que nous avons décidé de fermer les portes de ce magasin ! Pour survivre, nous avons du nous adapter. Et s’adapter, c’est se tourner vers les classes les plus à même de consommer. Il s’avère que l’Etat français tend à détruire de plus en plus le porte-monnaie des classes moyennes, première frange de la population à acheter chez nous. Aujourd’hui, on achète encore à Poitiers et à Printemps. Mais pour combien de temps ? Et surtout, combien pourrions-nous gagner en plus ?

Vous expliquez vous adapter, délaissez le marché moyen. Que comptez-vous faire exactement ?
Vous saviez que quand Printemps a été crée, en 1865 par Jules Jaluzot dans le quartier Saint-Lazare à Paris, c’était pour proposer un marché du vêtement à taux fixe (révolutionnaire en soi). Des vêtements de qualité, au prix peu élevé. Quand on a connu les débuts du chômage, la fin de la croissance à outrance et du mirage capitaliste, quand les trente glorieuses se sont envolées, Printemps a tout simplement délaissée cette population pour se concentrer sur celle qui aurait les moyens de se payer du Diesel ou du Levis. Est-ce qu’on a crié au scandale ? Non ! Des marchands de tapis comme Jules ou Célio ont rattrapé le coup. Je ne possédais même pas le groupe à ce moment-là. Aujourd’hui on va faire pareil. Vous n’achetez plus mon jean à 70 euros ? Pas de problème. Dans une autre ville, on nous achètera des slips à 120.

Quel est votre ressenti vis à vis des 80 employés mis sur le carreau avec cette opération ? N’est-ce pas un peu cruel pour eux ?
Je crois que les Fonderies du Poitou recrutent en ce moment, haha haha ! … Sérieusement, vous rigolez ? Honnêtement, si quelqu’un avait quelque chose à en faire de ces gens-là, on ne l’aurait pas fermé le magasin (et encore). Le maire a voulu taper du poing sur la table, le problème c’est que l’entreprise ne lui appartient pas. A défaut de leur proposer un repositionnement dans la boite, j’aurais pu simplement le virer. Maintenant c’est à lui qu’appartient le dossier et il est dans l’impasse.

On a pourtant vu des centaines de personnes mobilisées mercredi pour défendre les murs en béton rose du magasin ?
Cela fait six mois que la ville met une pression constante sur notre dose. On a vu, les deux derniers mois, plus de six manifestations en centre-ville, deux semaines de grèves, des dossiers entiers diffusés dans les médias locaux. Une telle dévotion pour cette cause est ridicule. J’ai envie de leur dire : vous n’avez pas honte ? D’une part, c’est très égoïste. Avec tous les efforts faits pour renouveller la place du centre ville de Poitiers, c’est plutôt chié de vouloir conserver une façade aussi horrible. Quoi qu’elle irait bien avec la couleur des spots qui illuminent l’hôtel de ville la nuit… Bref. D’autre part, c’est un peu tard de se manifester maintenant. Ca fait dix ans que dans toutes les villes de France, le commerce urbain est bridé au profit d’une décentralisation en périphérie. Vous avez le plus grand Auchan de l’ouest, on ne peut pas tout avoir. D’ailleurs, je pense que le mouvement va très vite s’essouffler. Soyons objectifs, ces gens là sont favorisés, mais ils vont très vite commencer à souffrir de la crise. Ils seront bien contents de venir chez nous pendant les soldes.

Vous êtes très optimiste. Le succès de cette liquidation est limité, preuve en est des rayons encore pleins et des fils d’attentes toujours vides.
Je ne m’inquiète pas. Le système tel qu’il existe aujourd’hui et qu’il a été conçu fonctionne toujours. Je vous l’ai dit, il suffit simplement de s’adapter. Les consommateurs ne sont pas complêtement idiots : ils font attention à leur porte-monnaie, mais étrangement ils n’y prennent gare que dans la dépense. Lorsque nous aurons atteint des taux de remise si effarant que cela ne vaudra réellement plus le coup d’aller voir ailleurs, on liquidera tout, on remplira un maximum les certes avec certes, une marge de 63% réduite à 31 points, mais c’est un moindre mal. Quand on pense que nous réalisons les mêmes taux de vente à Paris mais avec une gamme sensiblement plus chère (230%) forcément, on se questionne.

Stylzzed

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s