C.B. : Crise en Berne

Et si le 24 décembre était l’occasion d’une grande communion de la société. Pour les fêtes, les Français aiment se retrouver ensemble, main dans la main, l’un derrière l’autre dans les files d’attentes des grands magasins. La messe est dite : l’espace d’une petite semaine, oublions nos problèmes. Le crack des bourses ? Loin d’une réalité sociale. La crise de l’Europe ? Pensons à notre famille bien française. La mythomanie présidentielle, la latence hollandaise ? Elles prendront acte à la rentrée. D’un catholicisme dominant – encore en vigueur il n’y a que 222 ans – la religion d’Etat est passée à une communion dans la consommation. De l’Eglise, du Temple, de la Mosquée, les pratiquants toujours nombreux se sont tournées vers la Fnac, Celio, Mollat, H&M … Pas de schisme pour autant : ici, on paye pour être heureux, c’est un fait acquis et admis. Fini le temps des grands débats théologiques sur la pertinences des indulgences.

Crise en berne, donc. Politique, écologique, sociale et économique surtout, tous les pics et toutes les chutes de cette année haute en couleur mais fade en saveur sont derrière nous l’espace d’une semaine. Consciente ou non, une majorité (quoi que le chiffre reste à définir) voue durant l’Avent un culte effréné au capitalisme libéral et à la grande consommation, dont la concrétisation se fera le 25 au matin. Emballé, le cadeau est caché. Le vice va plus loin : l’étiquette est gratée, que les deux ou trois chiffres qui précèdent l’insigne monétaire n’apparaissent plus. Et lorsque nos parents constatent – avec frayeur – un prix passé à la trape, on s’affole. Comme un trader s’affole un jeudi noir de 1929. « Achetez chez nous et ne vous en faites pas pour le prix. » Un slogan comme un autre. Frappant.

Les cartes bleues n’ont jamais autant chauffé. Une grande société de paiement électronique annonce, aux alentours de midi le jour fatidique, que le record est tombé : 11 000 cartes enfoncées dans les lecteurs par minute de par le monde. On s’empresse de préciser : le précédent était de 9 700, humanisons le chiffre, mince ! Mais c’était quatre jours plus tôt seulement. Le prix moyen français d’un repas pour ce réveillon fut de 56 euros, pour quatre. En baisse. Mais la toile, les émissions télévisées et les radios n’auront jamais autant fait la pub du système D – potager écologique de demain, emballage façon presse quotidienne, achat chez le particulier.

Devons-nous nous passer de partager notre bonheur avec nos proches ? Non, bien sûr. Mais Noël marque-il vraiment le paroxysme de ce bonheur. Ou plutôt, de cette expression. Rappellons-le, le 25 décembre de chaque année relate de la naissance du Christ. C’est une fête chrétienne exaltée par des millions – des milliards ? – de chrétiens non-pratiquants – et de non chrétiens – arborant le chapeau rouge et blanc d’un père Noël mis en avant au début du siècle dernier par Coca. On ne pourra pas reprocher au consommateur son manque de participation à la foi capitaliste. Alors demain, ou dans un mois, lorsque nous descendrons tous dans la rue pour crier à la gueule d’un gouvernement qui fête Noël tous les jours et à cette partie de la population qui, pour une petite journée, se retrouve à côté des classes populaires – et encore – dans les rayons best-sellers de l’année, quel slogan chanterons-nous ? Qelle crédibilité auront les dix milles manifestants qui traverseront, chaque minute, la place de la Bastille à Paris ?

Avec tous les respects que nous avons pour nos amis chrétiens, sachez néanmoins que Noël ne sera jamais plus qu’une fête libérale dédiée, avec succès, au système de la consommation. Mais demain, pour sauver nos intérêts et pour pouvoir vivre dans une société qui chaque jour donnera l’occasion à tous ses citoyens de donner un peu de bonheur à ses proches, nous continuerons de manifester notre colère. En attendant, votre conscience, ça va ?

Stylzzed

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