Partiels, partiels, partiels …

Entre deux cafés dans une bibliothèque où on ne se sent pas tellement chez soi. Noël est passé. Le bide plein, les cadeaux entre les mains et ce vieux relan nauséabond dans le fond de ma conscience : la rentrée, c’est demain. Ou presque. On s’habille de plein de bonnes volontés. La voiture est garée. Le frigo vide, les tiroirs pleins de cours désespéremment triés dans l’attente d’une main salvatrice qui viendrait retirer cette pellicule de poussière que le temps a posé là. Timidement. Demain, demain. Le temps de s’allonger, de se remémorrer ces quelques morceax de souvenirs qui entourent une famille décomposée par la distance et par les années (ou pas). On met un réveil, pour bien faire, on se couche pas trop tard, pour bien faire aussi. Pourtant le sommeil ne vient pas,x on reste là, prostré dans son lit devant une série quelconque dénichée entre trois clics peu convaincus. Et puis, au fond, on sait très bien qu’on n’y arrivera pas et qu’on n’a qu’une envie. Ne pas y penser.

Quatre heures du mat’, les yeux se ferment. Huit heures, la musique harassante du téléphone les réouvrent. Une main balbutiante tatonne dans le noir. Le plastique froid est à portée de doigts. On s’en saisit, on le balance, il se tait. Et on se rendort. Premiers projets, premiers échecs ; une grasse matinée comme les autres, en somme. Le temps de patauger dans la lumière blanche de ce soleil d’hiver, on sort enfin du bain envoutant couvé par le douillet d’une couette encore chaude. Sans trop y croire, on pose les yeux sur le tiroir toujours ouvert et sur les paquets de feuilles qui dépassent d’un classeur mal ordonné. L’ordinateur ronfle encore, en veille, mais qui oserait le rallumer ? La moitié de nos connaissances sont là-dedans mais il reste notre plus grande source de procrastination. Un chapitre, une page facebook. Un paragraphe, on ouvre le chat, on discute, on s’y remet. Bientôt il suffira de deux phrases lues sur une page word pour se déconcentrer complètement du sujet et tomber dans les travers de l’internet.

Les jours passent, on s’y remet difficilement. Au moment où pourtant l’habitude universitaire revient, où ces vieux réflexes reprennent le pas sur un silence latent rendu perplexe par l’instant solennel qui entoure l’ennui, on songe enfin au nouvel an. Les courses, le déguisement, le scénario. On établie tout, absolument tout. Un programme à la clé, une beuverie annoncée. Quelque chose de sale et de plaisant à la fois. Comme si quelqu’un, au-dessus de nous, répondait à un SOS lancé quelques jours plus tôt au détour d’une pensée. Rien de volontaire, c’est plus fort que nous : on appréhende. Y’aura qui, je vais boire quoi, je vais danser avec qui, je vais sombrer à quelle heure ? Finalement on laisse les cours, on les repousse loin, très loin. On reprend contact avec ceux qu’on a oublié pendant deux semaines et en moins d’une minute on ruine un effort long de soixante douze heures. Une gueule de bois d’une semaine ponctuée par quoi ? Une autre gueule de bois, plus rapide, plus intense, plus violente mais qui se soldera, inévitablement, pas un rendez-vous pris un mardi matin à sept heures et demi devant un amphi.

Je me souviens encore des grands concepts idéologiques balancés par les profs lors de notre arrivée à la fac. Autonomie, dangers de la liberté dans le travail, régularité, sérieux, ouverture. L’université, sans s’en rendre compte, est en conflit permanent avec ces écoles privées encadrées mais libertaires qui proposent mieux mais plus chers. A défaut de se sentir autonome, on se sent perdu. La recherche, un exploit. Le plaisir scientifique, une utopie. L’université, c’est une méthode de travail qu’ils disaient, une manière de réfléchir, de penser, de travailler. C’est fouiner des heures entières dans des bouquins poussiéreux sur les ban(c)s de la BU, trouver une trame, un attrait, se plonger sans cesse dans l’intellect. Barbant, on passe finalement le cap : y’a pas à chier, ça peut aussi être passionnant. Alors on finit par s’accoutumer, par prendre son pied ou simplement s’intéresser. Exposer son travail, le fruit de sa pensée, c’est quand même s’exprimer, connaître son petit moment de gloire et de satisfaction personnelle. Ou d’échec et de remises en question.

Et pourtant, malgré toute notre bonne volonté, tous les ans, à la même période,l’université nous rappelle que nos acquis, on ne les valide jamais que par le fruit d’un bachottage en règle de longues nuit blanches durant, par le hasard d’un sujet, par quelques approximations qui ont une note pour finalité. Une note qui ne réflète rien d’autre qu’un largage terrifiant de connaissances qui nous abrutit plus qu’il ne nous rend indépendant.

Mais sinon, la Recherche, ça va ?

Stylzzed

(crédit photo : LCI)

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